Si la nuit porte conseil, la Nuit Blanche est la meilleure conseillère
NOTE: J'ai pris 1 gig et quart de photos, mais je n'ai pas eu le temps de photoshopper correctement tout ça encore, alors il va falloir attendre pour les photos. Contentez-vous du compte-rendu d'ici là.
Chaque année, le samedi de la première fin de semaine d'Octobre se tient à Paris la Nuit Blanche, phénomène hautement intéressant où des installations artistiques sont saupoudrées un peu partout dans Paris, une ligne de métro et une ligne de RER restent ouvertes toute la nuit, les restos ouvrent eux aussi jusqu'à 7h du matin, et tout le monde est invité à se promener, à découvrir l'art contemporain en voyant une autre facette de la ville, celle que les noctambules connaissent très bien mais que la majorité des gens ignorent complètement.
19h30: Paré de ma caméra ainsi que de ma caméra vidéo, de mon trépied, d'un chandail chaud et de toute ma volonté, je quitte l'appart, direction le quartier du Marais, où une importante quantité de happenings sont organisés. Je laisse quelques messages à Phil, qui devait m'accompagner dans mon périple, mais il ne rappelle pas.
20h15: Arrivé au Marais, je trouve l'endroit où on distribue les guides pour la soirée. Il y a un groupe qui joue du prog-rock juché sur une plate-forme devant l'Hôtel de Ville de Paris. Chouette. Il se passe quelque chose à l'intérieur, mais une file d'attente d'une heure me décourage d'aller voir. Je mets donc le cap vers l'intérieur du quartier, histoire de découvrir des choses.
21h: Mon téléphone sonne, c'est Phil. Il vient de prendre mes messages, et me dit qu'il a rendez-vous avec d'autres gens de la Maison Universitaire Canadienne, qui vont explorer la Nuit Blanche eux aussi. Je lui dis que je suis déjà dans le quartier du Marais et que (à ce moment, je lève les yeux) holy shit présentement il y a un dude, debout sur la tête d'un autre dude, juché sur le coin du toit d'un édifice de quatre étages, habillé en rose, en train de tourner sur lui-même. Ça s'annonce weird et intéressant, comme soirée. Il va me rappeler.
21h40: Je viens de visiter une église dans laquelle quelqu'un a mis une maquette de Paris en chandelles décoratives, qu'il a toutes allumées: résultat, Paris brûle, lentement, et fond sur une grande table de bois. Sorti de là, je trouve une cour intérieure où un artiste a suspendu un giganesque collier de perles (une bonne quinzaine de mètres de haut) au-dessus d'une petite fontaine. Puis, je me rends à une autre cour intérieure d'un hôtel particulier, où on a enlignées en quadrilatère une quarantaine de paires de chaussures en bronze, chaussures qui contiennent chacune une chandelle allumée. Je ne comprends pas tout à fait la signification, mais bon.
C'est à ce moment que mon téléphone re-sonne: Phil me donne rendez-vous dans une heure aux Champs-Élysées. Je finis de me promener dans le Marais, je me ramasse une petite bouffe rapide, je pousse la visite jusque sur l'île Saint-Louis, puis je saute dans le métro pour rejoindre Mister Kham.
22h45: Arrivé au métro Champs-Élysées-Clémenceau. J'attends The Phil.
23h05: The Phil arrive. On sort, on ramasse un autre programme pour lui. On prend quelques photos, mais il me dit qu'il a rendez-vous avec d'autres gens au Drugstore Publicis à 23h30... il faut se grouiller.
23h32: Devant le Drugstore. L'attente commence.
23h45: On décide d'aller faire un petit tour en dedans, histoire d'acheter de quoi se désaltérer. Je l'initie au Coca-Cola Blak. On a l'air un peu caves parce qu'on achète nos bouteilles, on ressort et on se rend compte qu'on a pas de débouche, et qu'elles ne sont pas dévisse, alors on est retournés à l'intérieur demander au caissier si il avait un "décapsuleur" (Phil sort les gros mots).
Nous retournons dehors pour déguster notre Blak: incroyable saveur qui, j'ai entendu dire, est maintenant disponible au Québec. Courez, mortels, vous en acheter.
00h30: Toujours personne. On décide de partir à l'assaut de la ville, après avoir acheté une bouteille de vin, du Super Bojo!, point d'exclamation inclus.
J'ai un conseil pour vous: si un Beaujolais s'appelle Super Bojo!, avec un petit dessin d'un super-héros sur la bouteille, tenez vous très, très loin.
Intelligents comme nous sommes, nous demandons au caissier de retirer le bouchon. Futés, non? (C'est tout à fait légal de boire de l'alcool dans les rues et les parcs, ici, pas besoin de se cacher.)
Ainsi armés, nous arrêtons au Quick pour se rassasier, pour descendre les Champs Élysées jusqu'à la place de la Concorde, dont l'obélisque est éclairée en International Klein Blue.
En chemin, il y a plusieurs oeuvres d'installées ici et là: au Grand Palais, un artiste a déposé quelques milliers de bonbons à la menthe enrobés de papier d'aluminium, dans une installation théoriquement interactive, c'est-à-dire que, selon l'artiste, les visiteurs, en ramassant un des bonbons et en le mangeant, participeraient à la fois à l'oeuvre et à sa destruction. Le résultat a été que les premiers visiteurs ont fait une bataille de bonbons, et que la grande majorité de ceux-ci a été piétinée. J'ai réussi à trouver un recoin où certains demeuraient intacts.
L'art contemporain, ça goûte la menthe.
Un peu plus loin sur les Champs, un artiste a installé une trentaine de gros moutons sculptés dans la glace. L'idée était aussi de voir les sculptures fondre au courant de la nuit - la lente destruction des oeuvres semblait un thème tout au long de la soirée.
Après avoir atteint la place de la Concorde et photographié l'obélisque pendant quelques minutes, nous avons marché pour se rendre aux Invalides, histoire de prendre le RER pour se rendre dans le coin de Bercy, où d'autres installations nous attendaient. La bouteille de Super Bojo! terminée en route, nous décidons de bifurquer vers chez moi, où une bouteille de porto nous attend. De bons moments à marcher dans la ville, à écouter de la musique sur mes haut-parleurs (Malajube, The Dears, Arcade Fire), et à jaser de tout et de rien. Flashback Montréal, tout va bien.
Après l'arrêt aux puits de ravitaillement porto, nous remarchons vers la gare de RER des Invalides, que nous ne trouvons pas. Nous marchons donc jusqu'à la prochaine gare, celle du Musée d'Orsay, que nous trouvons facilement. Nous entrons, et voyons que le train vient de passer. Vingt minutes d'attente, très peu pour nous. De plus, le Super Bojo! vient de descendre; nous décidons de marcher vers le métro dont la ligne 14 avait été gardée en fonction pendant toute la nuit. À la sortie de la gare de RER, je trouve un petit coin histoire de me soulager, assez discrètement: je n'ai cessé, au cours des dernières minutes, de dire à Philippe que ce serait vraiment trop bête de se faire arrêter pour grossière indécence.
Évidemment, il suffisait que je paranoïe à ce sujet pour voir arriver dans mon dos une fourgonnette remplie de policiers, qui se stationne à deux mètres de moi et qui dévide ses huit policiers en cinq secondes. Un autre grand moment.
Fast-forward à notre arrivée à Bercy: dans le parc, nous voyons un petit village de maisons de toile blanche, éclairées de l'intérieur. Ça donne un effet vraiment particulier, un peu fantômatique. Très réussi. Un peu plus loin, un grand écran est installé, sur lequel est projetée une paire de lèvres de femme, qui chante des chansons d'amour; autour de l'écran sont installés quatre ou cinq micros, et tout le monde est invité à chanter: l'artiste appelait ceci un karaoké collectif. Mais la grande star de la soirée aura été la Bibliothèque nationale Française, où une scène féérique attendait les visiteurs: une gigantesque échelle de corde avait été suspendue entre les quatre édifices qui composent l'institution, et des spots projetaient l'ombre de l'échelle sur les buildings pendant que le jardin, plus bas, était éclairé de lumières bleues. C'était surréaliste et fantastique.
Nous avons repris le métro jusqu'au centre de Paris, croisé sur notre trajet Notre-Dame au lever du soleil, pris quelques chouettes photos et attendu que les cafés ouvrent leurs portes à 8h pour bruncher. À 10h du mat, je retourne chez nous, heureux et avec deux cartes-mémoire pleines.
and under the bows unbowed