Journées Européennes du Patrimoine et des Rencontres Fortuites
Samedi matin, je me lève au chant du coq.
Presque. Si vous avez un coq qui chante à midi, faites-moi signe.
Sérieusement, le plan était de me lever très tôt pour profiter de la première des deux Journées Européennes du Patrimoine - un weekend en septembre où, chaque année, partout en Europe, les musées ouvrent (pour la plupart) gratuitement et d'autres endroits ouvrent alors qu'ils ne sont pas publics, habituellement (hôtels privés, châteaux, résidences officielles, ...)
Il est finalement trois heures et demie quand j'arrive à l'église Saint-Eustache, mon premier arrêt de la journée. Église placée en plein coeur de Paris (1er arrondissement), elle ouvre exceptionnellement l'accès à son toit, au public, dans le cadre des journées. C'est très cool, et vous savez comment j'aime les toits.
J'arrive pour me mettre en file et je me fais approcher par un employé de l'église. On le reconnaît au premier coup d'oeil: c'est un homme qui a l'air d'un animateur de pastorale, mais avec moins d'avenir. Il me dit "C'est terminé!" - je dis, "quoi?"... après tout, il n'est que quatre heures, et le pamphlet disait que c'était jusqu'à six heures: je veux bien croire qu'il faut monter 260 marches, mais j'ai quand même plus de mobilité qu'une pile de bardeaux d'asphalte tirés par des cols bleus semi-retraités, alors je crois bien avoir le temps de monter et de redescendre facilement dans les temps prescrits, mais il semblerait que la lignée de têtes blanches devant moi va prendre environ trois ères glaciaires pour monter les marches et les redescendre, malheureusement pas tête première.
Je me décide donc à partir pour aller voir si il n'y aurait pas des endroits un peu moins gériatriques à visiter dans le coin. Je me fais accoster, avant de sortir, par un digne représentant de la race des Geeks de Cathédrales, qui se met à me jaser de trancepts et de choeurs orientés au nord-est ou je ne sais plus trop quoi. Je finis par m'en débarasser.
Sorti de l'église, je me met à ma méthode de navigation habituelle: je trouve quelqu'un qui semble savoir où il va, et je le suis.
Je me retrouve devant le Louvre. Belle façade, je prends quelques photos, que vous voyez à droite.
Je décide d'entrer dans la Cour, voir de quoi ça a l'air. Étrangement, y'a de l'armée qui se promène, et qui patrouillent la place à l'intérieur...
À gauche, je vois une jolie perspective: un quelconque édifice avec dôme doré m'interpelle. Je sors par là, et je vois que c'est de l'autre côté de la Seine; pas de problème, y'a un pont.
Je marche lentement sur le pont, absorbant la superbe vue qui s'offre à moi, alors que j'entends un son auquel je ne suis plus habitué: quelqu'un crie "Éric! ÉÉÉRIIIC!"
Me demandant bien qui cela pouvait-il être, je cherche du regard, jusqu'à ce que je vois Nadia et son chum, Pat. Sur dix millions de Parisiens, et sur trente-sept ponts, fallait qu'on se voie. Cool. Heureux hasard.
Je m'assois avec eux, on jase, Un moment, une mémé du Maine nous mande "où manger?"*, et Pat la dirige très vaguement dans un coin reculé de la ville-lumière ou les chefs sont bons et les additions, petites.
(*: J'accepterai, pour cette fabuleuse allitération, tout remerciement par chèque ou carte de crédit.)
Nous revenons à nos moutons, jusqu'à ce qu'il soit soudainement huit heures, et que mon estomac me le rappelle. Je pose donc la même question que la vieille Américaine de tantôt, et c'est là qu'il propose, avec Nadia, de m'accompagner à un chic resto qu'ils connaissent et aiment bien, Le Tambour. On s'installe à une superbe table, le resto est vraiment chouette et décoré avec drôlerie et goût, le menu est un gigantesque tableau en ardoise qu'il faut tenir à deux mains pour lire, et les prix sont très corrects.
Je me commande une soupe à l'oignon ainsi qu'un tartare de boeuf. Vraiment excellent, le tartare, mais portion absolument gigantesque, surtout après m'être tapé la soupe à l'oignon gratinée. J'ai pas pu le finir. Très dommage, mais je me vois mal demander un doggy-bag pour un tartare de boeuf. C'est pas comme si ça se mangeait réchauffé...
J'm'en suis tiré à 20€, ce qui est très raisonnable.
Après ça, nous avons marché un peu histoire de digérer, et ils m'ont amené dans le coin des putes. Mais pas Pigalle, là, je parle du vrai coin des putes: les cocottes qui te disent, d'une voix éraillée par l'alcool et le tabac, "Salut mon chou, tu viens?"
Divertissant. Mais après une heure de marche, dodo. Après tout, y'a une toute autre journée du patrimoine qui m'attend.
Dimanche a été plus productif: le matin, l'Institut de France (home of the Académie Française) ouvre ses portes pour visiter. Votre humble serviteur (c'est moi, ça) a pris le temps de s'installer un peu et de s'asseoir dans un des fauteils verts, dédiés Huniquement aux Hacadémiciens. Petit plaisir de lettreux.
Ensuite, je m'installe à bouffer sur une terrasse sur le bord de la Seine, un véritable attrape-touriste: 2 cafés au lait et un croque-monsieur vont me chercher €12. Mais c'est bon, et ça réconforte. Lire du Houellebecq en face du Louvre avec un café au lait, faut trimer dur pour trouver plus stéréotype que ça.
Destination, deuxième essai pour l'Église St-Eustache. Je réussis à monter sans problème, et les 260 marches se font sans sourciller, mais ça paraît que c'est pas ouvert au public: les marches sont étroites et le plafond est parfois trop bas, même pour moi. Mais quelle vue!
Par la suite, je me rends aux Jardins du Luxembourg, pour visiter le Sénat. Peine perdue, une file longue de deux coins de rue m'assaille. Fuck off, je vais voir ce qu'il y a d'autre; les Serres du Jardin, normalement elles aussi fermées au public, sont ouvertes, aujourd'hui. Rien de bien intéressant, sinon que les pucerons semblent se faire dévorer par les coccinelles australiennes et que ça sauve sur les pesticides. Blah.
Sur le chemin du retour, je croise une rue remplie de rollerblades. Étrange. La rue est complètement envahie par une bande de patineurs, à perte de vue. Évidemment, pas question de traverser, ils sont trop nombreux. Pourtant, aucune voiture de police n'est en vue. Après quinze minutes, le flot s'amincit, puis se résorbe, et les voitures se remettent à circuler. Vraiment bizarre.
Je rentre à la maison, et je m'installe devant un bon épisode de Minuit le soir. La grosse vie sale.
the ceremony is about to begin